On appelle ainsi quelquefois la chambre que l'on destine aux amis
la mienne ici est une petite fenêtre sur le web
Estelle Marlier est mon invitée
pour y montrer ses grands papiers
pour un temps illimité


Estelle peint
suivi de deux ou trois peintures, vues d'atelier

un fusain primitif dans sa main longue et affirmative
Estelle trace une ligne un horizon provisoire
qui partage notre univers en deux parties
crée sur le grand papier de la vie le ciel et la terre
une forêt calcinée de hautes lances guerrières
le dos large d'un taureau repu et indolent
installe une nuit rose au-delà des troncs
le fusain bataille se tord vrille se casse
laisse tour à tour une trace brisée et incisive
ou calme et enveloppante
le dessein/dessin est posé
Estelle dérobe aux grandes épopées de l'Histoire de l'Art
ses lignes de crêtes et en embarque le souffle

Estelle serre plusieurs brosses plates et larges
sourcils froncés museau mobile
mélange à l'acrylique au fond d'un modeste bocal
commencent alors les recouvrir(s)
redécouper enfouir sous les strates nombreuses
épurer
ne garder que la bête obscure du départ
sauvegarder l'image des armées immobiles
qui ne livreront jamais combats
le pigment vert bleu océan submerge la scène
un élément peut être subsiste surnage
comme un fragment de fresque antique rescapé du temps
un grand drap blanc de papier vierge
une absence pousse les contours de la bataille inachevée

on ne se trouve jamais à l'étroit
dans toujours ses grands formats
on entre dans le paysage le monde est vaste
on n'y a pas peur on se mêle à la mêlée silencieuse
on plonge dans les eaux vertes d'un lac de canicule
on décolle facilement pour rejoindre ses ciels d'encre violette